This shows you the differences between two versions of the page.
Both sides previous revision Previous revision Next revision | Previous revision | ||
interdisciplinaire [2025/04/01 22:38] 47.128.44.234 old revision restored (2025/03/28 19:02) |
interdisciplinaire [2025/04/05 08:30] (current) 52.14.229.130 old revision restored (2025/04/04 23:41) |
||
---|---|---|---|
Line 34: | Line 34: | ||
Une lecture initiale de l’urbanité térranéenne proposée sur le terrain par Clémentine Périnaud, doctorante sur le projet ALARIC, a eu pour objectif de remettre en perspective la construction du paysage terranéen dont la stratification a progressivement été mise en évidence dans le parcours. Elle a été discutée par Cendrine Sanquer, animatrice de l’architecture et du patrimoine à la ville de Saint-Etienne, | Une lecture initiale de l’urbanité térranéenne proposée sur le terrain par Clémentine Périnaud, doctorante sur le projet ALARIC, a eu pour objectif de remettre en perspective la construction du paysage terranéen dont la stratification a progressivement été mise en évidence dans le parcours. Elle a été discutée par Cendrine Sanquer, animatrice de l’architecture et du patrimoine à la ville de Saint-Etienne, | ||
- | A lire le document d’accompagnement de la visite de terrain | + | A lire le document d’accompagnement de la visite de terrain |
== Après-midi – différentes démarches plastiques de saisine du quotidien urbain == | == Après-midi – différentes démarches plastiques de saisine du quotidien urbain == | ||
Line 53: | Line 53: | ||
Kader Mokkadem, enseignant-chercheur de philosophie et d’esthétique au sein de l’Ecole Supérieure d’Art et de Design de Saint-Etienne, | Kader Mokkadem, enseignant-chercheur de philosophie et d’esthétique au sein de l’Ecole Supérieure d’Art et de Design de Saint-Etienne, | ||
- | |||
- | **Numérisation et valorisation du fonds photographique Paul Martial, Musée d'Art moderne et contemporain de Saint-Etienne Métropole – P. Colantoni (CIEREC)** | ||
- | |||
- | Philippe Colantoni, maître de conférences à l'UJM en génie informatique, | ||
- | |||
- | == Réflexions ouvertes dans la discussion == | ||
- | |||
- | * Ces expériences semblent tendre vers une démarche de critique de la perception, par une capture systématique des éléments non immédiatement perçus. Il semble être intéressant d’approfondir la généalogie de ce « tropisme géographique » dans la photographie, | ||
- | * Dans les photographies de paysage, domine une certaine forme d’abstraction de la réalité spatiale par la composition esthétique. Le travail photographique garde au cœur de son propos une réflexion sur l’image, plus que sur l’urbain : démarche intuitive, elle met en évidence la subjectivité du photographe et le contexte culturel qui façonne cette subjectivité à l’œuvre. | ||
- | * Les pratiques d’organisation des séries photographiques pour produire une nouvelle narration renvoient au problème de l’indexation des images, des documents d’archives pour organiser un autre sens. Il reste intéressant de constater que la localisation et la datation des paysages, démarche consubstantielle de l’approche de l’histoire urbaine en sciences humaines, reste fortement présente également dans le champ de la photographie des paysages. | ||
- | * Le rôle de l’image dans les études urbaines est assez minoré. Certains intervenants rappellent le rôle majeur de l’anthropologie visuelle dans la connaissance des usages urbains et des études liées aux séries photographiques (le photographe Camillo Jose Vergara, l’anthropologue Sylvaine Conord), aspect peu abordé dans les interventions. La photographie reste souvent un oublié dans la collecte documentaire. Or la production de photographie autochtone permet de saisir le changement contemporain. A Terrenoire, un travail a été fait en ce sens en 2009 par Hannelore Girardot, ethno-sociologue. Des couvertures photographiques ont été réalisées dans les années 1970. Les sites conservent d’importants fonds de cartes postales anciennes dont la possible exploitation demeure une question de recherche qui rejoint les démarches réalisées après 1976 dans le cadre du programme de recherche du C.N.R.S., Observation localisée du changement social et culturel », associée pour les territoires étudiés au sein d’ALARIC à une enquête photographique sur Givors menée par Yves Lequin, interrogeant l’image comme « signe du changement social ». | ||
- | * Une meilleure connaissance des missions photographiques de la DATAR, leur contexte et leurs objectifs, peut apporter des éléments pour comprendre la place que peut prendre l’iconographie dans la compréhension des territoires, | ||
- | |||
- | // | ||
- | |||
- | ===== Atelier expérimental 2 du projet ALARIC ===== | ||
- | |||
- | === " | ||
- | |||
- | == Propos introductif == | ||
- | |||
- | La confrontation des regards disciplinaires sur un même terrain d’étude est la ligne directrice de ces ateliers expérimentaux. La journée se propose de revenir sur les spécificités du site givordin afin de comprendre l’attrait de la recherche urbaine pour ce terrain. Givors a en effet constitué et constitue un terrain privilégié, | ||
- | |||
- | == Première partie, 9h30-12h30 : balade urbaine - Repérer l' | ||
- | |||
- | |||
- | **Animateurs : Clémentine Périnaud, doctorante en géographie-aménagement (projet ALARIC), accompagnée de André Vincent, ethnologue, directeur du responsable du service des Affaires Culturelles de la ville de Givors.** | ||
- | |||
- | Articulée autour de plusieurs espaces de la ville industrielle givordine aujourd’hui disparus de son paysage urbain (gare d’eau, bassin du canal de Givors à Rive-de-Gier et site industriel VMC), la balade se propose de revenir sur la structuration du site de Givors et la gestion de l’héritage d’une organisation urbaine guidée par les nécessités de l’industrie. | ||
- | |||
- | {{: | ||
- | |||
- | |||
- | == Deuxième partie, 13h30-17h30 : transformations de la ville et productions de récits == | ||
- | |||
- | **Présentation du projet documentaire et scientifique, | ||
- | **Par Yves Bourget, documentaliste et Gaëlle Rivière, documentariste aux archives municipales de Givors** | ||
- | |||
- | Le projet en cours de film documentaire sur Givors (sortie prévue en juin 2017) s’inscrit dans l’appel à projet DRAC-Région Rhône-Alpes sur les mémoires du XXe siècle. A dimension scientifique et culturelle, le projet aborde les transformations urbaines et sociales à Givors, en témoignant des « crises » du second XXe siècle (désindustrialisation, | ||
- | |||
- | Les transformations à Givors sont singulières : il est difficile de concevoir que l’assèchement du canal de Givors à Rive-de-Gier suivi de la construction de l’autoroute n’ait pas suscité d’opposition, | ||
- | |||
- | //Une démarche participative de constitution d’une mémoire locale sur les crises givordines // | ||
- | |||
- | Le projet souhaite prendre en compte l’actualité de la crise à Givors, mais en décentrant le regard. Crise générale, crise particulière de la ville, crise individuelle, | ||
- | |||
- | Le projet ayant débuté il y a peu, il est difficile de tirer des conclusions sur la façon dont les changements de Givors sont perçus aujourd’hui. Pour le moment, domine un discours du regret, des choses perdues, et surtout l’attente d’un bénéfice à ces transformations. La thématique du changement suscite en tout cas un réel intérêt, notamment chez les scolaires. Un participant s’interroge sur la crise qui surgit dans les discours. Désindustrialisation, | ||
- | |||
- | Un autre participant s’interroge sur la dimension spatiale du projet et sur les éléments de perception de l’espace à Givors, où s’imposent de grands tènements, vides d’urbanisation. La balade du matin a rendu plus sensible à Yves Bourget le fait que la ville de Givors cherche son centre, en trouve difficilement son usage : Givors est une enfant de l’industrie, | ||
- | |||
- | //Crise, résistance, | ||
- | |||
- | Un participant interpelle sur la définition faite de la notion de « crise ». Le projet souhaite faire résonner ce mot chez les habitants, sans en poser au préalable une définition, | ||
- | |||
- | Le lien avec la notion de « résilience » s’est imposé dès l’origine du projet, autour de l’idée de « résilience citoyenne ». La véritable genèse du projet est ainsi à trouver dans l’entretien que Yves Bourget a pu réaliser avec Paul Vallon, | ||
- | |||
- | **Méthodes de recherche sur le changement urbain à Givors - 1970-1990** | ||
- | **Par André Vincent, ethnologue, directeur des Affaires Culturelles de la ville de Givors.** | ||
- | |||
- | Givors est un terrain de recherche depuis longtemps, ce qui s’explique peut-être par le rapport de la commune à la ville de Lyon. Ville noire, ville rouge, ville ouvrière, ville franche, Givors serait dans l’imaginaire lyonnais emblématique de la ville ouvrière. Cela semble vrai en particulier dans les années 1970, dominées par les images des manifestations des métallurgistes, | ||
- | |||
- | // | ||
- | |||
- | Un premier programme de recherche du CNRS lancé dans ce contexte, Observatoire du changement social et culturel, vient souligner certains traits de l’identité givordine. Les chercheurs mettent en évidence l’existence d’une ville de quartier (celui des métallurgistes, | ||
- | |||
- | // | ||
- | |||
- | Un second programme de recherche, Identités givordines, rassemblant des ethnologues lyonnais, est lancé en 1982-1983. Là encore, Givors est choisi comme terrain d’étude du fait de l’existence d’une très forte identité locale, et en particulier d’identités de quartier. Les Givordins se définissent encore aujourd’hui par leur quartier, ensuite seulement par le fait d’habiter à Givors. L’analyse des ethnologues est conduite à partir de l’approche du rock d’une part, qui dix ans après le premier programme de recherche a totalement disparu de la vie locale givordine, et des joutes nautiques d’autre part. L’étude des joutes révèle notamment l’importance du fleuve dans l’identité de Givors, par la mise en évidence d’une solidarité particulière portée par la société très ancienne des Sauveteurs de Givors, créée à l’origine pour intervenir en cas d’inondations puis ayant eu pour mission d’encadrer les joutes opposant les équipes de Givors-Ville, | ||
- | |||
- | //Le programme Ethnopôle // | ||
- | |||
- | Dans la suite de cette redécouverte de la ville fluviale et l’achat par la ville de la maison des chapeliers Bruyas, une maison du Rhône est créée en 1988, devenue Maison du Fleuve Rhône : elle doit être le centre d’étude d’une anthropologie du fleuve Rhône. Le programme Ethnopôle doit faire vivre cet équipement (travaux de Jean Métral ou André Micoud). A l’origine avait été envisagé un musée de la Verrerie mais Camille Vallin, alors maire de Givors, et son premier adjoint, Paul Vallon, considèrent alors l’histoire industrielle de Givors comme achevée. Dans les années 1980, les politiques locales se concentrent sur la production d’équipements culturels (programme de l’architecte Jean Renaudie intégrant un théâtre et une médiathèque dans le centre de Givors). Dans ce contexte, le programme de recherche se constitue en aide au développement urbain de la ville, par la réinterrogation de son histoire fluviale doublée d’une distanciation avec son histoire industrielle. A l’encontre d’un enfermement produit par les lectures passées de l’identité givordine, le programme recherche les traces d’une culture du fleuve, ouvrant Givors sur un territoire supra-communal. Sociologues, | ||
- | |||
- | //Programme de recherche et accompagnement du changement urbain // | ||
- | |||
- | Ces programmes ont permis d’interroger la façon dont la ville de Givors s’est constituée et transformée. Revenir sur leurs résultats aujourd’hui interroge sur la fracture sociale et sur la forme prise aux sociabilités contemporaines. Ils interrogent sur les voies de la recherche-action : les trois programmes de recherche ont en effet accompagné des politiques municipales. Le dernier témoigne d’ailleurs d’un parti pris assez fort, avec le refus de jouer la carte de l’implantation de nouvelles industries. | ||
- | |||
- | |||
- | **Visite virtuelle et temporelle de Givors** | ||
- | **Par Clémentine Périnaud - doctorante en géographie-aménagement, | ||
- | |||
- | De la balade urbaine du matin à une visite virtuelle du site, se pose la question de la conservation des signes fragmentaires du changement observé (témoignages sur les transformations, | ||
- | |||
- | // | ||
- | |||
- | Pour produire une vue des transformations givordines, il existe des plans de référence mobilisables, | ||
- | |||
- | // | ||
- | |||
- | La plateforme 3D-Use, développée par les chercheurs en informatique du LIRIS s’intéresse en particulier aux possibilités de représentation temporelle des objets urbains. A partir de la maquette 3D actuelle géoréférencée de Givors et du Modèle Numérique de terrain produits par le Grand Lyon, il est possible de cliquer sur les entités pour leur donner des attributs temporels (principe d’apparition/ | ||
- | |||
- | La modélisation infographique du bâti disparu, et plus généralement le recours à la 3D est justifiée pour deux raisons. Un intérêt architectural ponctuel porte sur le bâti industriel disparu : il existe des plans de détail des hauts fourneaux Prénat ou du site de la verrerie Souchon-Neuvesel. Réalisé pour Terrenoire, ce type de modélisation de détail permet une meilleure compréhension des discours produits à l’apparition de ces paysages de la première révolution industrielle. Si une vue uniquement schématique des objets urbains du reste du site est proposé, l’environnement 3D assure cependant une perception du changement plus forte qu’en 2D. Il permet de se projeter plus aisément dans une organisation urbaine disparue et héritée aujourd’hui. La gestion d’une vue « iconographie » est envisagée, pour permettre une appréhension réaliste des lieux. | ||
- | |||
- | //Vers un modèle participatif de renseignement des transformations urbaines ? // | ||
- | |||
- | Au-delà d’une mesure du changement urbain dans le sens d’un recensement des transformations survenus, une vue projet doit constituer une première entrée de compréhension de ce changement, par la lecture des argumentaires en présence autour d’un projet en un temps donné. Un même travail de géoréférencement et de positionnement spatial est donc mené, relatif aux projets envisagés ou réalisés. Le positionnement spatial et temporel des projets est associée à la volonté de pouvoir accéder aux textes autour de ces projets (en test ceux des délibérations municipales). Il doit ainsi être possible d’accéder au matériau permettant une interprétation de la négociation qui s’est opérée sur l’urbain, les acteurs en présence, les enjeux. Une telle vue « projet » est possible, d’autres le sont, chacune organisant ces signes fragmentaires d’interprétation des transformations urbaines survenues. Il est possible d’envisager l’accès aux témoignages vivants sur des lieux, des projets, des transformations, | ||
- | |||
- | Quelle que soit la vue choisie, la nécessité de maintenir une continuité temporelle à cet environnement du fait de la disparité des éléments collectés dans le temps et l’espace oblige à insister sur la nature complexe de la maquette restituant une vue de l’urbanisation du site dans le temps : elle reste dominée par le manque d’informations. Si un plan de projet, un témoignage existe pour une date donnée, les traits de ce lieu, son usage, peuvent avoir changé sans qu’il soit possible de le renseigner. Tout ce qui apparaît dans la maquette n’a rien d’absolu, mais est relatif aux archives mobilisées : les dates d’apparition ou de disparition des éléments dépendent des archives, et ces dates sont imprécises (une antériorité ou une postériorité est toujours possible, voire une erreur issue des sources). | ||
- | |||
- | Cette approche progressive de reconstitution de l’urbanisation de Givors au cours du temps suit en fait des principes à moindre coût (temporel, financier) d’exploration des transformations urbaines, qui correspondent bien à un type de patrimonialisation locale. C’est un modèle dont il est nécessaire d’envisager les prolongements participatifs qui se multiplient en ce domaine. | ||
- | |||
- | **Echanges : Raconter Givors aujourd’hui : confrontation des regards disciplinaires.** | ||
- | |||
- | Givors, aujourd’hui, | ||
- | |||
- | |||
- | |||
- | |||